Les yôkai dans le folklore japonais

Vous aviez peut-être déjà entendu parler des yôkai avant de connaître Yo-kai Watch, et c’est normal : ces esprits surnaturels, parfois fantômes, parfois simples monstres ou objets animés, font partie intégrante du folklore japonais depuis la nuit des temps, et ont fait parler d’eux à travers de nombreuses oeuvres populaires de l’archipel. Mais d’où viennent donc ces créatures étranges, et que sont-elles aux yeux des japonais ?

 

CARACTÉRISTIQUES

En japonais, le mot “yôkai” est composé du caractère “” (妖) signifiant “séduisant”, “ensorcelant”, et du caractère “Kai” (怪), signifiant “apparition”, “mystérieux”. Il s’agit d’un terme très générique pouvant désigner n’importe quelle créature surnaturelle, et il est parfois difficile à traduire, car il peut à la fois vouloir dire “monstre”, fantôme”, “esprit”, voire “créature légendaire”, sans vraiment faire de distinction.

 

La « Parade nocturne des 100 démons », par Kawanabe Kyôsai

Contrairement à ce que certains pensent, tous les yôkai ne sont pas malfaisants. Il est vrai que beaucoup d’entre eux piègent les humains pour les posséder ou les dévorer, mais certains sont juste farceurs, d’autres neutres et inoffensifs, et peuvent même porter chance ! Si leurs caractéristiques varient d’un yôkai à l’autre (il en existe des milliers), leur point commun est qu’ils possèdent tous des pouvoirs surnaturels, ayant généralement une influence sur le monde des humains. Beaucoup d’entre eux sont notamment capables de se transformer (on les appelle les Obake), ou de posséder l’esprit d’une personne, tout comme dans Yo-kai Watch !

 

ORIGINE

Si l’origine des yôkai remonte à des temps immémoriaux et vient avant tout de Chine, grâce à plusieurs auteurs de littérature, c’est durant la période d’Edo (1603-1868) qu’ils ont vraiment commencé à intégrer la culture populaire japonaise. À l’époque, les japonais étaient très friands d’histoires fantastiques, et demandaient même parfois aux conteurs de leur parler de yôkai inconnus, qui en inventaient de nouveaux pour l’occasion. Durant l’ère Meiji (1868-1912), l’arrivée de la littérature européenne au Japon fit bouillir l’imagination du peuple, et ainsi naquirent de nouveaux yôkai, inspirés des créatures du folklore occidental. Certains yôkai, dont le Shinigami (le fameux dieu de la mort), sont donc en fait issus de notre culture à nous !

 

Le rakugo (l’art du conte japonais), qui donna naissance à de nombreux yôkai

 

TYPES DE YÔKAI

Vous vous en doutez bien, les vrais yôkai n’appartiennent pas à des “tribus” comme dans Yo-kai Watch (costauds, mignons, sinistres, etc), mais peuvent toutefois être regroupés en plusieurs catégories, selon leur apparence et leurs caractéristiques.

 

Animaux
L’un des types de yôkai le plus connu est le Bakemono, désignant parfois un esprit animal malveillant, ayant la possibilité de changer de forme, et souvent de prendre celle d’un être humain (généralement une courtisane, ou une simple jeune femme) pour tromper les hommes. Les animaux les plus représentés par cette catégorie sont le chat, le renard, le tanuki (le raton-laveur japonais, avec de grosses burnes), l’araignée, et le serpent.

 

Le kitsune, le yôkai animal le plus célèbre

Monstres
Il existe d’autres types de Bakemono, non-basés sur un animal en particulier, que l’on peut qualifier de simples “monstres”, avec leurs propres caractéristiques. On peut entre autres classer dans cette catégorie les tengu, les kappa et les oni, trois familles de yôkai bien connues et très représentées dans Yo-kai Watch, que vous avez certainement aussi déjà rencontré dans d’autres oeuvres japonaises.

 

Le kappa, nettement moins sympa et mignon que dans le jeu

Fantômes
Les yôkai fantômes (Yuurei) étaient autrefois humains, et se sont changés en esprits malfaisants après leur mort, généralement à cause d’un traumatisme, d’un regret, d’une mort atroce, ou encore d’un péché. Les fantômes de femmes sont particulièrement nombreux dans cette catégorie, comme Ame Onna (la femme de la pluie), Hone Onna (la femme squelette), ou encore Yuki Onna (la femme des neiges).

 

Ame Onna, la femme de la pluie

Objets
Les Tsukumogami sont un type bien particulier de yôkai, et désignent des objets du quotidiens, prenant vie après avoir existé 100 ans. On compte parmi eux le Bakezori (yôkai sandale), le Kasa Obake (yôkai parapluie), le Bura Bura (yôkai lanterne), ou encore le Kameosa (yôkai jarre à saké). Ces yôkai ne sont pas particulièrement malfaisants, et se contentent souvent de faire des farces aux humains. Beaucoup d’entre eux sont représentés dans Yo-kai Watch 2.

 

Bakezori, la sandale qui fait flipper

 

LES YÔKAI DANS LA CULTURE POPULAIRE

Si les jeunes japonais d’aujourd’hui sont assez terre à terre, et croient plus en leur smartphone qu’aux esprits, beaucoup de personnes âgées et d’habitants des campagnes prennent ces histoires de yôkai très au sérieux. On trouve d’ailleurs beaucoup de yôkai spécifiques à telle région, voire tel village, ces derniers devenant généralement le symbole ou la mascotte de la localité en question. Avec évidemment plein de goodies à leur effigie.

 

Gegege no Kitaro, ancêtre incontesté de Yo-kai Watch

L’arrivée de la télévision, du manga et du jeu vidéo a permis aux yôkai d’être représentés sous diverses formes dans la culture populaire, et d’être connus de tous au travers d’oeuvres comme Gegege no Kitaro, Inuyasha, le jeu Ôkami, et, évidemment, Yo-kai Watch. Grâce à cette représentation dans les médias, les yôkai, qui étaient autrefois craints du peuple, ont aujourd’hui une image bien plus sympathique aux yeux des japonais, jusqu’à être devenus l’un des symboles de leur culture.

Et inutile de vous dire que depuis quelques années, Jibanyan, Komajiro, Kappacap et leurs potes ne font que renforcer cette image positive !